Prime d’engagement collectif à Paul Guiraud : quand la prime aléatoire se substitue au dû

Des moyens, pas une prime : la section SLS du GH Fondation Vallée - Paul Guiraud prend position

Reconnaissance réelle, qualité des soins, conditions de travail : des exigences indissociables. La section syndicale SLS du Groupe hospitalier Fondation Vallée – Paul Guiraud prend position sur la campagne 2026 de la prime d’engagement collectif.

On nous demande de sauver une certification ratée. En quelques mois. Sans moyens.

Par une note de service, la direction appelle les équipes à présenter des projets qui préparent la prochaine visite de certification, prévue à l’automne 2027. Les projets doivent être transmis avant le 16 octobre, les actions doivent démarrer dès le 1er décembre. En contrepartie : 500 euros bruts, une fois, sous conditions, et seulement si l’action a « effectivement débuté » en 2026.

Une prime qui déguise un manque structurel

La prime d’engagement collectif, créée en 2020, est présentée comme un outil de cohésion et de valorisation. Mais valoriser quoi, exactement ?

Des soignants déjà en sous-effectif doivent, en plus de leur charge clinique quotidienne, concevoir, porter et faire vivre des projets d’amélioration de la qualité. Souvent sur leur temps personnel, sans moyens dédiés, sans temps de coordination protégé, sans ressources matérielles à la hauteur des ambitions affichées.

Ce n’est pas de la reconnaissance. C’est la monétisation ponctuelle d’un travail qui devrait être intégré, en continu, aux missions normales, avec les moyens qui vont avec : du temps soignant dégagé, des postes non médicaux dédiés à la qualité, une vraie ingénierie de projet accessible aux équipes de terrain.

Une paie qui ne suit pas

Pendant ce temps, la grille salariale, elle, ne bouge pas. 500 euros une fois, versés sous conditions, et pas une revalorisation salariale pérenne qui reconnaîtrait la charge réelle, la technicité et l’engagement continu des soignants.

La prime est temporaire, conditionnelle, individualisée dans son versement mais collective dans son exigence. Le salaire, lui, reste figé. C’est un choix : primer plutôt que revaloriser, parce que la prime coûte moins cher sur la durée et n’engage à rien structurellement.

C’est un aveu déguisé en récompense : l’institution sait qu’elle demande plus que ce qu’elle rémunère, et elle préfère payer une prime ponctuelle plutôt qu’une revalorisation qui l’engagerait dans la durée.

Le silence de la DRH sur le fond

Ce que ce dispositif ne dit pas, c’est comment on compte donner aux services les moyens réels de mener ces projets : personnel en nombre suffisant pour libérer du temps de conception, formation à la méthodologie qualité, accompagnement RH réel plutôt qu’une commission qui examine des dossiers.

La DRH se positionne comme arbitre et distributeur de la prime, pas comme partenaire de la charge de travail qu’elle génère. La reconnaissance affichée ne s’accompagne d’aucune remise en question des conditions qui rendent ces projets difficiles à mener dans le cadre normal du travail.

Valoriser la qualité, c’est d’abord en donner les moyens.

Le miracle exigé après l’échec collectif

L’établissement a raté sa certification. La Haute Autorité de santé l’a déclaré non certifié par une décision du 19 novembre 2025. Ce n’est pas un détail : c’est un échec qui engage l’ensemble de l’établissement, sur l’organisation, la préparation, l’anticipation.

Et la réponse qu’on nous apporte, un an avant la prochaine visite, c’est de demander aux équipes de terrain de produire, en quelques mois, ce que l’institution elle-même n’a pas su construire en plusieurs années : une véritable démarche qualité intégrée, cohérente, organisée.

On ne répare pas un défaut d’organisation structurel avec une prime ponctuelle et un appel à projets individuels. Si la certification a été ratée, ce n’est pas faute de bonne volonté des soignants. C’est faute de pilotage, de moyens, de coordination à l’échelle de l’hôpital. Et voilà qu’on renvoie la responsabilité de la remontée aux services eux-mêmes, sommés de « candidater » avec des projets, en concurrence de fait avec les autres pôles, dans un calendrier serré, sans qu’aucune remise à plat de l’organisation générale n’ait été annoncée.

C’est demander aux mêmes équipes, dans les mêmes conditions, avec les mêmes effectifs et sans plan d’ensemble, de réussir là où l’institution a échoué, et de le faire vite, en plus de leur charge courante. C’est un rattrapage institutionnel maquillé en initiative de terrain, avec la prime comme seule contrepartie visible d’un problème qui, lui, reste entièrement structurel.

Ce qu’il faudrait dire clairement

Faire un projet qualité, participer à la préparation d’une certification, améliorer les pratiques : ce n’est pas un supplément d’âme qu’on récompense a posteriori. C’est une partie du métier de soignant, qui devrait être reconnue dans le temps de travail, les effectifs et la rémunération de base, pas achetée au coup par coup avec une prime qui masque, plutôt qu’elle ne répare, le manque de moyens structurel.

Faire de la qualité fait partie du métier. Ça se traduit en effectifs, en temps de travail, en salaire, pas en prime.

La qualité des soins se construit avec des moyens, pas avec des primes.

Des soignants reconnus. Des moyens à la hauteur. Une qualité durable.

Safia Rouibah Tarzout
Représentante de la Section Syndicale SLS du Groupe hospitalier Fondation Vallée – Paul Guiraud

Téléchargez les tracts de la section

Les deux tracts de la section sont disponibles en PDF, à imprimer et à faire circuler :

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