Pompiers et soignants, une même famille
Interview de Catherine BOUISSOU, présidente du Syndicat Liberté Santé (SLS), dans Ligne Droite sur Radio Courtoisie
Catherine BOUISSOU, présidente du Syndicat Liberté Santé (SLS), était l’invitée de Richard de Sèze ce vendredi 2 octobre 2026 dans la matinale de Ligne Droite, diffusée en direct sur Radio Courtoisie.
L’émission faisait suite au communiqué du SLS en soutien aux sapeurs-pompiers en grève. Catherine Bouissou y explique pourquoi un syndicat de soignants se tient aux côtés des pompiers : ils sont un maillon de la chaîne du soin, et près de 8 interventions sur 10 relèvent du secours et des soins d’urgence.
🎙️ Au programme :
➤ Les sapeurs-pompiers, maillon de la chaîne du soin : « nos yeux et nos mains au chevet du patient » ;
➤ Une même famille soignante : infirmiers, kinés, médecins de ville et d’hôpital, pompiers, secouristes, ambulanciers, secrétaires médicaux ;
➤ Des pompiers en grève mais réquisitionnés, qui manquent de matériel et de personnel ;
➤ Le soutien proposé par le SLS : une photo devant la caserne avec une pancarte « Je soutiens les pompiers », réunies en un dossier adressé aux élus ;
➤ La situation des soignants suspendus en 2021, cinq ans après ;
➤ Les urgences, la psychiatrie et l’accès aux soins sous tension ;
➤ Les soins palliatifs, que Catherine Bouissou a pratiqués pendant près de 15 ans ;
➤ Les élections professionnelles de décembre 2026, où le SLS présentera ses premières listes.
Infirmière hospitalière, Catherine Bouissou rappelle que le patient doit rester au centre du soin, et que cela passe par la solidarité entre tous ceux qui le soignent, de l’intervention à domicile jusqu’au service hospitalier.
Son message aux candidats à l’élection présidentielle : « le soin, c’est de l’humain ». Et aux soignants : « ne restez plus seuls ».
Retranscription de l’entretien
Retranscription réalisée à partir de la vidéo de l’entretien, allégée des hésitations et des répétitions pour la lecture.
Richard de Sèze — « Ligne Droite », c’est maintenant avec Catherine Bouissou, la présidente du Syndicat Liberté Santé. Bonjour Catherine Bouissou.
Catherine Bouissou — Bonjour, merci pour votre invitation.
Richard de Sèze — Vous présidez un syndicat de soignants et vous avez décidé d’accompagner les pompiers dans la rue au moment des manifestations qu’ils ont organisées. Pourquoi cette convergence avec les pompiers ?
Catherine Bouissou — Ce n’est pas une convergence, parce que les pompiers font partie des soignants. Le Syndicat Liberté Santé a été créé en 2021, pendant la crise Covid et pendant les suspensions. Or les pompiers ont aussi été suspendus. Ils ont aussi fait partie des gens que l’on a mis de côté, mis à l’écart et montrés du doigt. Le SLS a donc bien entendu pris en charge les pompiers, les gendarmes, tous les soignants, tous ceux qui ont été obligés de se faire vacciner. Ça, c’était en 2021. Puis le SLS a évolué. Au départ, nous étions un soutien pour toutes ces personnes-là ; maintenant, nous sommes un vrai syndicat, et nous commençons à nous présenter aux élections de décembre 2026 dans la fonction publique. Et il se trouve que les pompiers sont un maillon important du soin. Donc forcément, nous les soutenons. Il faut savoir que 80 % des appels faits aux pompiers sont des appels pour du secours. Si les pompiers ne sont plus équipés pour prendre soin des patients avant leur hospitalisation, ça amènera forcément un problème pour les patients et pour les soignants.
Richard de Sèze — Ce que constate le SLS, c’est justement une dégradation continue de la manière dont les soins sont pensés et administrés, avec une espèce de, je vous cite, « technocratisation » du soin : au lieu d’être au contact des gens, il y a une multiplicité de procédures administratives, une multiplicité d’échelons, qui font que les soins ne sont ni rapides, ni efficaces, ni attentifs.
Catherine Bouissou — Oui, le patient n’est plus le centre du soin. C’est ça qui est dommage. Nous, nous voulons absolument que le patient soit la pièce centrale. Et pour ça, il faut arrêter de nous diviser, arrêter de nous séparer entre les infirmiers d’un côté, les kinés de l’autre, les praticiens de ville, les praticiens d’hôpitaux, les pompiers, les secouristes, les ambulanciers, les secrétaires médicaux. Tout ça, nous sommes une même famille. Nous travaillons tous dans un seul but : prendre en charge des patients qui souffrent. Et pour les prendre en charge, il ne faut pas que l’administratif prenne trop de place. Il faut arrêter de nous diviser.
Richard de Sèze — Vous diviser, c’est-à-dire la manière dont les agences régionales de santé, et le ministère d’une manière générale, décident de catégoriser, de n’examiner que les problèmes des infirmiers mais pas ceux de telle ou telle profession médicale ou paramédicale, de séparer le public du privé. Plutôt que de constituer un continuum où l’on travaille à améliorer l’ensemble de la prise en charge, on parle un jour de ceux qui conduisent les ambulances, le surlendemain des infirmiers hospitaliers de la fonction publique hospitalière, ensuite des infirmiers libéraux, en refusant toujours de constituer un véritable ensemble.
Catherine Bouissou — C’est tout à fait ça. Alors que les soignants, nous sommes un corps. Quand on ne prend pas en charge correctement un membre du corps, tout le corps finit par tomber. Ça ne peut pas fonctionner. C’est comme si on nous amputait d’une partie. Nous sommes tous dans le même bateau, nous travaillons tous pour le bien-être du patient, et il est hors de question de laisser un membre de ce corps être mis à l’écart. Or les pompiers, il y a longtemps qu’ils sont déshabillés ; l’hôpital est plus que déshabillé ; on est tous à l’os. Ce n’est pas possible que ça continue comme ça. Il nous faut une solidarité entre tous les soignants. Soignants au sens large !
Richard de Sèze — Quand vous dites « nous sommes tous à l’os » : depuis qu’Emmanuel Macron a été élu, il y a une attaque constante contre la rémunération des soignants, mais aussi contre leurs conditions de travail dans la fonction publique hospitalière. Il y a de moins en moins de moyens et, en revanche, une inflation du traitement administratif.
Catherine Bouissou — Ça, c’est clair qu’il y a plus d’administratifs, plus de directeurs pour ce qui est de l’hôpital. Il y a beaucoup plus de gens qui veulent diriger les soins que de gens qui pratiquent les soins. C’est flagrant. Depuis Monsieur Macron, certes, il y a eu une forte augmentation, mais l’attaque des soignants était malheureusement présente bien avant. Les gens ne s’en rendaient pas compte, parce que les soignants ont pallié. Vous voyez, les pompiers sont en grève, mais ils sont d’astreinte. Ils sont en grève, ils sont réquisitionnés. Tout comme nous, les soignants. Moi, j’étais infirmière hospitalière. On était en grève, on écrivait sur nos blouses « en grève », et ça ne changeait rien. Les pompiers en grève aujourd’hui sont quand même au travail. Donc il y en a marre. Parce que ce n’est pas notre petite personne qui compte : ce qui compte, c’est le système de soins, c’est que les choses soient faites dans le bon ordre. Prenez les pompiers : actuellement, ils manquent de matériel, ils manquent de personnel, il leur manque 20 000 personnes. Ils ne demandent pas des choses extraordinaires, ils demandent à pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Quelqu’un qui fait un AVC chez lui, s’il n’est pas pris en charge dans l’heure qui suit (et pour les attaques, c’est en minutes que ça se compte), perd toutes ses chances de survie dans de bonnes conditions. On ne peut pas dire « lui est moins précieux que lui », ou « c’est un pompier, ce n’est pas un soignant ». Les pompiers, ce sont nos yeux et ce sont nos mains au chevet du patient, à l’endroit où il se trouve. Ils sont chargés de nous le ramener dans les meilleures conditions possibles pour qu’on puisse le prendre en charge médicalement de façon plus complète. Donc il faut arrêter de nous diviser. Nous sommes une même famille, nous sommes tous pour le patient.
Richard de Sèze — Cette division a commencé d’une certaine manière, et c’est l’histoire du Syndicat Liberté Santé, avec le Covid, au moment où l’on décide que tout le monde doit être vacciné, quoi qu’on pense du vaccin, de son efficacité et de sa nécessité. Vous avez décidé de refuser ce vaccin au nom du consentement libre et éclairé, je vous cite, et vous avez été suspendue de vos fonctions en 2021. On a décidé que l’ordre administratif prévalait sur l’organisation réelle des soins.
Catherine Bouissou — Tout à fait. On a été suspendus du jour au lendemain. Il faut dire qu’on n’y croyait pas vraiment ; on se disait : « on est tellement à l’os déjà avant la crise Covid, comment vont-ils faire ? » Mais ils l’ont fait. Et qui a payé ? Les patients. De nombreux services ont été fermés pour orienter les soins vers l’urgence uniquement. C’était impensable, tout ce qui s’est passé. On a été divisés. Et le SLS n’est pas contre les vaccins. Nous ne sommes pas contre le vaccin Pfizer, Moderna ou autres. Ce que nous demandons, et c’est la base du soin, c’est un consentement libre et éclairé. Avant d’injecter un produit à quelqu’un, on doit lui dire : « voilà ce que ce produit apporte scientifiquement, et voilà les risques que vous prenez. » Or là, il n’y avait rien. On s’est servi des soignants une fois de plus. On a juste été un modèle d’ajustement. On a dit : « si les soignants sont vaccinés, la population va se faire vacciner. » Sans savoir ni le pourquoi, ni le comment, ni les risques. Et quand je dis les soignants, je parle de tout le monde, pompiers compris.
Richard de Sèze — Cinq ans après, où en sont tous les suspendus ? Certains pays ont levé les suspensions, certains ont réintégré les soignants. En France, quelle est la situation de ceux qui, en 2021, ont été retirés du service actif ?
Catherine Bouissou — Parmi les soignants suspendus, il n’y en a pas beaucoup aujourd’hui qui ont repris le travail. Beaucoup ont démissionné. Il faut savoir que ce terme de suspension n’est même pas légalement correct : dans la fonction publique, ou sur un contrat de travail, on ne peut pas être suspendu plus de quatre mois. Nous, nous avons été suspendus 606 jours. 606 jours sans salaire, sans droit au chômage, sans droit aux aides sociales, sans droit aux Restos du cœur, à tout ce que vous voulez. Rien du tout. Tout ça parce qu’on a voulu défendre nos convictions, on a voulu dire : « attendez, on fait n’importe quoi. » Le gouvernement en a choisi autrement ; très bien, il assume. Aujourd’hui, une bonne partie des suspendus ont des procédures en justice pour faire valoir des pertes disproportionnées par rapport à la sanction. C’est tellement terrible que je ne sais pas comment l’expliquer. Mais le pire, c’est que sur le poste que j’occupais, je n’ai pas été remplacée pendant 606 jours. Donc qui a été pénalisé ? La population. Nous avons réussi à faire voter une loi le 4 mai 2023, il me semble, avec Monsieur Castor, député à l’Assemblée nationale, pour demander la suspension de cette loi du 5 août, ou en tout cas de l’obligation vaccinale. Ça a été voté à l’Assemblée nationale, très bien. Puis c’est parti au Sénat, et depuis c’est enterré au Sénat. Il n’y a pas eu de navette, donc la loi n’est pas arrêtée. Les soignants, au sens large du terme, sont donc suspendus depuis 2021. On ne peut pas dire que nous soyons réintégrés : nous avons été autorisés à travailler par un décret qui suspend la suspension. Demain, un autre décret signé par le ministère de la Santé, et tous les soignants sont à nouveau suspendus. Il n’y a pas besoin de faire de loi.
Richard de Sèze — Nous sommes d’ailleurs en train de vivre à nouveau l’irruption du Covid, en tout cas d’une forme du Covid. Bizarrement, en 2026, les journaux sont beaucoup moins friands de données médicales. On se contente de nous dire que le Covid arrive et que la vaccination serait une bonne idée. Mais il y a à nouveau des voix politiques et médiatiques pour expliquer qu’il faut absolument que les soignants soient vaccinés, comme si la vaccination du soignant était une garantie du bon traitement des patients. Y a-t-il une corrélation réelle entre les deux ?
Catherine Bouissou — À moins qu’on me prouve le contraire, je n’en vois pas. Se vacciner, c’est un acte personnel. On se vaccine pour se protéger. Jusqu’à maintenant, les soignants avaient des vaccins obligatoires pour éviter d’attraper les maladies avec lesquelles ils étaient en contact tous les jours avec les patients. Maintenant, quand on me dit : « vaccinez-vous contre la grippe, ça va protéger les personnes », c’est tellement gros que je ne comprends pas que la population puisse entendre ça. Pendant la période Covid, en 2022 ou 2023, lors des grands incendies à Bordeaux, on a fait venir 300 pompiers étrangers non vaccinés, mais ayant fait un test Covid négatif. Mais les pompiers français qui étaient là, suspendus, n’ont pas été réintégrés. Alors qu’ils étaient dans la même situation : non vaccinés et négatifs dans les deux cas. C’est à tomber sur la tête. En revanche, les soignants qui ont attrapé le Covid ont pu continuer à travailler. Ils avaient le Covid et ils travaillaient. Mais eux ne risquaient de contaminer personne, puisqu’ils étaient vaccinés ! Je ne comprends même pas comment ils ont été contaminés. C’est tellement aberrant comme situation… Ce sont les aberrations ou les contradictions du gouvernement, je n’en sais rien, mais en tout cas, ça fait de gros dégâts.
Richard de Sèze — Ça fait de gros dégâts. Je reçois en ce moment Catherine Bouissou, la présidente du Syndicat Liberté Santé. Tout à l’heure, nous recevrons Xavier Raufer, qui nous parlera de la sécurité en France. Mais revenons avec vous, Catherine Bouissou. Le Syndicat Liberté Santé a décidé de descendre dans la rue pour être aux côtés des pompiers. Eux aussi sont des soignants : vous disiez tout à l’heure que ce sont les yeux et les mains qui permettent d’assurer la survie du patient jusqu’à ce qu’il arrive dans les mains des autres soignants, notamment dans la fonction publique hospitalière. Quelles actions avez-vous envie de mener d’ici la prochaine élection présidentielle ? Comment faites-vous valoir le point de vue du Syndicat Liberté Santé ?
Catherine Bouissou — C’est très simple. Moi, je ne suis pas pour les manifestations dans la rue, pour qu’on prenne des tirs de flashball, pour qu’on soit massacrés par les forces de l’ordre. Pour ça, le gouvernement a beaucoup d’argent. Je propose aux gens de montrer qu’ils sont solidaires avec les pompiers en allant devant les casernes et en se photographiant avec une pancarte « Je soutiens les pompiers ». Ces photos sont ensuite rassemblées et on en fait un dossier pour les envoyer aux députés. On écrit aux députés, aux sénateurs, aux présidents de région, aux ministres, on écrit partout pour dire : « Stop ! » On écrit à vous, la presse, pour dire : « Réveillez-vous ! C’est le fil qui vous tient en vie, et on est en train de le couper. » Si on ne réagit pas, comment ça va se passer demain ? C’est terrible.
Richard de Sèze — Quelle est la situation réelle du tissu de soins en France ? Les hôpitaux sont-ils bien maillés ? Les services d’urgence sont-ils bien organisés ? Et cette continuité de soins entre les différents acteurs, les infirmières libérales, les kinésithérapeutes que vous citiez, les médecins généralistes : la population peut-elle s’attendre à être bien soignée ou, là aussi, est-ce que ça craque ?
Catherine Bouissou — Ça craque, et depuis longtemps. Les soignants font de leur mieux, mais ce n’est pas une excuse. Il y a encore des tas de gens qui meurent sur les brancards aux urgences. Demain, vous vous sentez mal, vous décidez d’aller aux urgences : vous n’êtes pas pris en charge. Aux urgences, il faut qu’un médecin ait appelé pour que vous soyez pris, ou que vous arriviez par les pompiers. Sinon, on considère que si vous êtes capable de venir aux urgences, vous êtes capable de patienter quelque temps. Les temps d’attente aux urgences ne font qu’augmenter. On retrouve de plus en plus d’arrêts cardiaques, de plus en plus de gens qui dépriment. Les services psychiatriques sont débordés. Les gens qui font des décompensations en tout genre, il y en a de plus en plus. Mais on ne peut pas les accueillir ! Monsieur Macron s’est acharné à fermer des lits. Très bien, mais maintenant, on fait comment ? Le problème est là.
Richard de Sèze — Tous ces lits fermés : les différents ministres de la Santé expliquent que pas du tout, qu’on en a ouvert. Vous, vous raisonnez sur l’ensemble du territoire, et ce n’est pas parce qu’on a ouvert 50 lits ici qu’on n’en a pas fermé 500 là-bas.
Catherine Bouissou — Tout à fait. Personnellement, je n’arrive plus à comprendre leur stratégie, si ce n’est de nous mettre en danger. Et je parle de nous, la population, mis en danger dans l’accès aux soins. Vous voulez un rendez-vous chez un dentiste ? Il faut le prendre huit mois avant. Un rendez-vous chez un ophtalmo ? Un an avant. Les médecins de ville manquent ; des tas de gens n’ont pas de médecin traitant. Alors ils font des lois extraordinaires. La loi sur l’aide à mourir : maintenant, en 48 heures vous devez être pris en charge, 15 jours pour observer. Mais attendez : si quelqu’un fait une dépression, ce n’est pas en 15 jours qu’on va pouvoir changer son état. Ils ont voté une loi sur l’aide à mourir ; ce n’est pas un soin. Le SLS se bat aussi là-dessus. Avec la loi Claeys-Leonetti, les soins palliatifs devaient être accessibles à tout le monde. Or ce n’est pas le cas : il y a des départements sans unité de soins palliatifs. Il n’y a donc personne pour prendre en charge les réelles douleurs, les réelles souffrances, et prendre le patient dans sa globalité. Forcément, on dit aux gens : « vous ne pouvez pas être pris en charge, on vous propose de mourir, est-ce que vous êtes d’accord ? » C’est complètement lunaire. Nous demandons que les soins palliatifs soient accessibles, que tout le monde puisse passer par les soins palliatifs avant de pouvoir se prononcer. Il faut savoir qu’en soins palliatifs, sur dix personnes qui ont demandé à mourir, il n’y en a même pas une qui voulait aller jusqu’au bout. Une fois ses symptômes pris en charge, la personne ne tient plus à mourir. Ceux qui veulent en finir sont des cas très particuliers.
Richard de Sèze — Vous avez été infirmière coordinatrice en soins palliatifs. Quand vous nous parlez de gens aux portes de la mort qui pourraient faire le choix de mourir et qui décident de vivre, vous parlez d’expérience. Je crois que vous avez été douze ans infirmière coordinatrice en soins palliatifs.
Catherine Bouissou — Tout à fait. J’ai eu des patients qui arrivaient en disant : « Ça y est, j’ai fini de souffrir. Combien de temps je vais rester ? » Quand on demandait ce que voulait dire « combien de temps je vais rester », ils répondaient : « De toute façon, je vais mourir dans 24 ou 48 heures. » Je disais non, pas du tout ! On va prendre le temps de voir ensemble ce que vous voulez vraiment et ce que l’on peut vous proposer. En presque 15 ans de soins palliatifs, je n’ai eu qu’une personne qui, au bout de 15 jours, voulait toujours mourir. Elle voulait en finir, elle ne voulait plus supporter cet état-là, et elle était relativement jeune. C’est arrivé une fois. Une fois en 15 ans ! Il faut quand même remettre les choses dans leur contexte. Si on prend en charge la douleur, la souffrance, si on est là pour écouter les gens, si on s’occupe de leurs problèmes sociaux, familiaux, si on arrive à tout remettre en place comme il faut, ils n’ont plus envie de mourir. En soins palliatifs, j’ai organisé deux mariages de patients. Ils étaient ravis de pouvoir se marier ; pour eux, c’était important. Nous avons organisé des adoptions d’animaux domestiques, des baptêmes, des anniversaires, des fêtes pour le bac d’un enfant ou d’un neveu. Nous avons participé à tout. Nous avons permis à des gens de retourner chez eux, de revoir leur maison, de voir que tout était bien géré, pour qu’ils soient tranquilles et sereins. C’est ça, les soins palliatifs. Les soins palliatifs, ce n’est pas « j’accueille quelqu’un et je le conduis à la mort ». Non. On accueille quelqu’un et on l’accompagne. On voit ce qu’il demande, ce dont il a besoin physiquement et psychologiquement. C’est ça, les soins palliatifs.
Richard de Sèze — Noble définition. Nous sommes en 2026 : quel message le Syndicat Liberté Santé veut-il faire passer aux prétendants, j’allais dire au trône suprême, aux prétendants à la présidence de la République ?
Catherine Bouissou — Aux prétendants à la présidence de la République : arrêtez de massacrer le soin ! Ce sont les patients qui sont au bout de la route. Il faut revoir la copie de fond en comble. C’est un zéro pointé qu’on leur met sur la manière de gérer le soin. Le soin, c’est de l’humain. Le soin, ce sont nos enfants, nos parents, nos grands-parents, nos oncles, nos tantes. On ne peut pas se permettre de traiter ça par-dessus la jambe. Mettez un ministre compétent, déjà, ce ne serait pas mal.
Richard de Sèze — Vous avez beaucoup d’ambition ! Un ministre compétent…
Catherine Bouissou — Oui, beaucoup d’ambition ! Mais il doit bien en exister quelque part. Parce que là, je ne peux même plus dire que je suis choquée : je suis passée au-delà de tout ce qu’ils peuvent raconter. C’est tellement énorme, tout ce qu’ils disent. Et ils font peur aux gens alors qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur. Je ne comprends plus leur manipulation. Ce que je dis aux soignants, en tout cas : ne restez plus seuls. Refusez d’être mis à l’écart, refusez d’être pris pour cible. On est une équipe. On est tous là. Le SLS est maillé sur tout le territoire français. Nous allons participer aux élections professionnelles de décembre 2026. Nous n’avons certes pas beaucoup de sections, mais nous en avons au moins cinq en France où nous pourrons présenter des listes. C’est un pas. Nous sommes un jeune syndicat, nous n’avons que cinq ans, mais nous nous battons pour les soignants, nous nous battons pour les patients, nous nous battons pour redonner de l’humanité au soin. Des problèmes, il y en a des tonnes. Et entendre dire : « ce n’est pas le soignant qui est inhumain, ce n’est pas le soignant qui est maltraitant, c’est une maltraitance institutionnelle »… Mais ça veut dire quoi ? Ils vont jusqu’à inventer des mots, des définitions, pour donner un sens à des choses inadmissibles. Non, ce n’est pas possible. Le Syndicat Liberté Santé dit non, stop !
Richard de Sèze — Merci beaucoup, Catherine Bouissou. Je rappelle que vous êtes la présidente du Syndicat Liberté Santé. Merci, et à bientôt sur Radio Courtoisie.
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